Définitions

La culture maker (de l’anglais make, « faiseur » ou « celui qui fait ») est une culture contemporaine constituant une branche de la culture « faites-le vous-même » (DIY soit Do It Yourlself). La communauté des makers souvent tournée vers la technologie apprécie de prendre part à des projets orientés ingénierie. Les domaines typiques de ces projets sont donc l’électronique, la robotique, l’impression 3D et l’usage des machines-outils mais également des activités plus traditionnelles telles que la métallurgie, la menuiserie, les arts traditionnels et l’artisanat. La culture met l’accent sur une utilisation innovante de la technologie et encourage à l’invention et au prototypage1. Une attention toute particulière est portée à l’apprentissage de compétences pratiques et l’application de ces dernières de manière créative.

Source : wikipedia.org/wiki/Culture_maker

Le makerspace est un tiers-lieu de type atelier de fabrication numérique, évolution du hackerspace, ouvert au public et mettant à disposition des machines-outils et machines-outils à commande numérique habituellement réservés à des professionnels dans un but de prototypage rapide ou de production à petite échelle.

Source : wikipedia.org/wiki/Makerspace

Un fab lab (contraction de l’anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication ») est un tiers-lieu de type makerspace cadré par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et la FabFoundation en proposant un inventaire minimal permettant la création des principaux projets fablabs, un ensemble de logiciels et solutions libres et open-sources, les Fab Modules, et une charte de gouvernance, la Fab Charter.

Source : wikipedia.org/wiki/Fab_lab

Le mouvement des Fablabs a été initié en 2001 par N. Gershenfeld, professeur au MIT, au sein du laboratoire « Center for Bits and Atoms » (CBA). Il voulait proposer à ses étudiants un espace où ils pourraient réaliser eux même leurs propres créations matérielles: « Comment apprendre à réaliser pratiquement tout », comme le disait Gershenfeld dans l’intitulé de son cours. Cette initiative se fondait sur l’usage de machines à commande numérique mises à disposition des étudiants par son labo, notamment les fameuses « imprimantes 3D ». Celles-ci permettent de produire des objets de n’importe quelle forme par «ajout de matière» (agglomération ou «frittage» d’une poudre, solidification d’un plastique en fusion, dépôt de couches de métal, etc.). Le plastique, la cire, le métal, les céramiques peuvent ainsi être mises en forme. Cette forme est donnée par un modèle retranscrit dans un programme pilotant la machine. Les objets eux-même peuvent aussi être programmés pour accomplir des fonctions bien précises.

L’idée initiale ayant présidé à la création de ces ateliers (et notamment des imprimantes 3D) était de permettre aux ingénieurs disposer ainsi de « prototypes » conçus rapidement, pour que ces ingénieurs puissent élaborer ensuite des modèles destiné une production industrielle. Ce « prototypage rapide » paraissait être un des grands intérêts des imprimantes 3D notamment. Mais en donnant l’accès à ces machines à une population bien plus large et plus hétérogène que celle des ingénieurs, les Fablabs ont ouvert à tout un chacun la possibilité de réaliser, comme le dit Gershenfeld, « presque n’importe quoi », et souvent simplement à un seul exemplaire, pour son propre usage.

L’initiative de Gershenfeld a rapidement dépassé le cadre éducatif et a fait des émules un peu partout dans le monde. Gershenfeld lui-même a fait preuve d’un grand prosélytisme pour installer des Fablabs dans les points les plus reculés de la planète : en Norvège au sein du cercle polaire, dans un petit village isolé de l’Inde, au Ghana, etc (voir ci-dessous). Actuellement le phénomène reste malgré tout très marginal, mais continue à se développer. A titre d’exemple, il y a en France actuellement (Septembre 2016) un peu moins d’une centaine de Fablabs visibles sur la carte du « Fablabs Wiki». Le nombre total de Fablabs de par le monde doit être de l’ordre de 500 ou plus. On voit ainsi que la France a bien accroché au phénomène FabLab.

Cependant avec cette première diffusion le concept initial a eu tendance à se dissoudre dans une pluralité d’initiatives très différentes, de sorte que le mot « fablab » est parfois employé notamment dans la presse française pour décrire des réalités très contrastées. Mais la notion de « Fablab » stricto sensu, est préservée par l’acceptation d’une « Charte » édictée par le MIT, dont le signataire s’engage publiquement à accepter les principes. La définition d’un Fablab par la Charte est la suivante : « un réseau mondial de labs locaux qui stimulent l’inventivité en donnant accès à des outils de fabrication numérique. Un Fablab mutualise un ensemble de ressources permettant de fabriquer à peu près tout ce que l’on veut et de diffuser des connaissances, des savoir-faire et des projets ».

Les Fablabs, comme les Hackerspaces ou les Repair Cafés sont des manifestations d’« ateliers de fabrication numérique » comme les surnomment Bollotier-Depois et all. Kostakis et all. parlent plutôt de production par les pairs fondée sur les communs ». Ce sont des exemples de « tiers-lieux », plus précisément des espaces « physiques » (c’est-à-dire des locaux dotés d’équipement) ni privés, ni professionnels, où des personnes peuvent se retrouver pour créer des objets et partager des connaissances.

Le Fablabs, à la différence des hackerspaces, n’hésitent pas à interagir avec leur environnement local, que ce soient les institutions publiques ou privées. Ils obtiennent facilement des subventions, nouent des partenariats avec des entreprises locales, voire même encouragent la création de startups à partir de projets développés au sein du Fablab. Mais leur vocation première n’est pas de produire des projets commerciaux, ce qui peut créer des tensions, aussi bien en interne que dans leurs relations avec leur « écosystème », c’est-à-dire leur environnement de partenaires. Comme le dit la charte des Fablabs « des activités commerciales peuvent être initiées mais elles ne doivent pas faire obstacle à l’accès ouvert. »

Guthrie10 décrit le fonctionnement du premier Fablab français. Il dispose de 750 m2 de locaux, qu’il partage avec une association qui loue des espaces de co-working. Son outillage comprend deux machines de découpe à laser, 4 imprimantes 3D individuelles et une fraiseuse à commande numérique. Il est ouvert 6 jours par semaine et organise une réunion interne tous les lundis soirs. Une exposition des projets à tous les membres est planifiée chaque mois. Son financement est assuré par les cotisations d’adhésion (plus de 1000 membres), par la location des machines aux membres et non membres, mais l’essentiel du financement provient de la municipalité et de subventions d’Etat. Le Fablab est en effet un des bénéficiaires de l’appel à projets « Aide au développement des ateliers numériques » du ministère de l’industrie dont l’objet était de soutenir les actions des fablabs en direction des entreprises.

Le Fablab analysé par Guthrie a aussi pour objectif, selon cet auteur, de mettre à bas les obstacles à la communication entre les individus, les entreprises et les structures institutionnelles telles que les laboratoires et les centres de recherche. En clair de se positionner au centre d’un écosystème particulier. Il a d’ailleurs créé une structure parallèle qui s’adresse spécifiquement aux entreprises auxquelles un espace particulier est réservé. Cette structure est pilotée par une SAS (Société par Actions Simplifiée). Elle fournit, outre la location de matériel, des conseils, de la formation et du coaching. Elle a été créée en Octobre 2014 et emploie 8 personnes.

Les personnes interrogées se plaignent que les projets apportés par les membres du Fablab n’impliquent pas assez les autres membres. D’un autre côté sa volonté a aussi été de professionnaliser ses activités pour attirer des entreprises. : il fait payer l’accès aux outils, il fournit des services (payants) de prototypage complet, il organise des sessions de formation et des ateliers sur la fabrication numérique et le prototypage rapide, il fournit aux startups des facilités de co-working et des services de mise en réseau au sein de l’écosystème, et il donne la possibilité d’une location temporaire pour un usage purement privé, des locaux et des machines.

Cette volonté du Fablab d’avoir des activités commerciales prend exemple sur ce que fait la société Techshop. Cette entreprise privée américaine créée en 2006 met en place des fablabs sur une base strictement commerciale. Elle installe dans de grands locaux des machines auxquelles on peut avoir accès moyennant paiement. En clair si on veut accéder aux installations de l’entreprise il faut payer une cotisation et/ou un temps d’usage. En soi la démarche n’est pas différente de celle du Fablab mentionné plus haut, sauf que les tarifs sont sans doute plus élevés, et les accès gratuits n’existent pas. Récemment Techshop est arrivé en France grâce à un partenariat avec Leroy-Merlin, le distributeur de produits de bricolage. Un premier atelier de 2000 m2 a été ouvert à Ivry en Octobre 2015 un autre est prévu à Lille en Décembre 2016. C’est une activité purement commerciale où il faut s’abonner pour accéder (100 à 150€/ mois pour venir le soir et le week-end) et on bénéficie en retour, outre de l’accès aux machines, des conseils d’employés de Leroy-Merlin.

Les Fablabs sont organisés en réseau sous l’égide de la « Fabfoundation ». Celle-ci créée en 2009, a pour mission de « promouvoir un réseau international (appelé Fabfolks) des cours en ligne assortis de séances pratiques (Fabacademy), des Fablabs en kit et un programme spécifique pour les jeunes(nommé Fabkids) ». Il n’y a pas de labellisation formelle mais un système d’auto-évaluation suivant 4 critères : permettre l’accès du public, souscrire à la charte des Fablabs, partager les outils et les processus, participer à la communauté internationale des fablabs. Une conférence internationale des Fablabs est organisée tous les ans. Selon Barbier et Lhoste, il y a ainsi une dynamique d’institutionnalisation à travers l’adoption des règles édictées par le MIT.

La Fab Foundation représente cette évolution institutionnelle du mouvement des Fablabs. Elle se présente comme porteuse de 3 missions : éducationnelle, organisationnelle, d’affaires.

Elle organise des sessions de formation aux outils numériques et à la fabrication via une « Fab Academy », qui délivre des certificats de réussite (coût : 5000 $ pour l’étudiant, dont la moitié est reversée au Fablab d’origine de l’étudiant). Elle soutient financièrement et logistiquement la création de Fablabs « exemplaires » (comme ceux déployés dans des pays en développement), organise les rencontres annuelles de Fablabs et leurs échanges en ligne, donne des outils d’évaluation. Elle soutient (ou aide à soutenir) des projets de startups nés dans un Fablab, pour leur permettre d’avoir accès à des financements de fonds d’investissement ou à du micro-financement (crowdfunding).

La Fab Foundation créée en 2009, a vu son rôle grandir grâce à une évolution de ses moyens. Fin 2012, elle avait fait 347 000 $ de chiffre d’affaires dans l’année, essentiellement grâce à des contrats (252 000 $). Fin 2013, son chiffre d’affaires était passé à 1 Million de dollars, se répartissant entre contrats 346 000 $) de dons et subventions (480 000 $) et de programmes de formation (97 000 $) et de subventions débloquées (165 000 $). Mais surtout elle disposait de 10 millions de dollars sous forme de cash et de subventions à recevoir qui gonflaient son bilan et étaient temporairement gelées. Depuis 2014, ses rapports financiers ne sont plus disponibles sur son site.

La Fab Foundation a des accords de sponsoring avec plusieurs entreprises, notamment Autodesk et Dassault Systèmes, qui mettent leurs logiciels respectifs de conception assistée par ordinateur à disposition des Fablabs ayant signé la Charte du MIT, sous la forme d’une licence gratuite par Fablab (dans le cas de Dassault Systèmes). Deux autres sponsors sont Cisco et Chevron.

En France les Fablabs ont bénéficié de l’attention des pouvoirs publics, notamment via l’appel d’offres mentionné plus haut, et qui a sélectionné 14 fablabs lauréats en 2013. Beaucoup de collectivités locales ont également investi dans les Fablabs. Mais cette dépendance vis-à-vis des fonds publics à son revers. Récemment le FabLab de Beauvais, L’Atelier, a dû fermer ses portes faute de renouvellement des crédits octroyés par les collectivités, suite à un changement de majorité. Ce Fablab était plutôt bien doté : 1000 m2, un accès entièrement gratuit, des plages d’ouverture larges, et trois imprimantes 3D, deux découpeuses (laser et papier), trois scanners 3D, plusieurs scies, perceuses, machines à coudre.., pour une fréquentation de 200 personnes par mois.

C’est la question du « modèle économique » qui est sous-jacente à la survie des Fablabs. Comme le résume F. Bottolier-Depois : « Un fablab n’a de raison d’exister que s’il fournit des services (formation, entrepreneuriat, production, etc.) pour des acteurs identifiés (individus, entreprises). »

Source : Étude de cas préparée par Godefroy DANG NGUYEN pour le MOOC Comprendre l’économie collaborative.

Carte des labs

La carte des lieux et espaces tiers dédiés à la fabrication numérique, aux ateliers de biohacking et à la bidouille collaborative est sur makery.info

Makery est un média ayant pour vocation de rendre compte du dynamisme et d’informer sur l’émergence d’une scène des labs : 

    fablabs (laboratoires de fabrication, une terminologie née aux Etats-Unis au sein du Medialab du MIT en 2001)hackerspaces (des espaces autogérés par des personnes désireuses de détourner les technologies)médialabs (laboratoire dédié aux projets mêlant design, multimédia et technologie) living labs (appelés aussi tiers lieux, ils embrassent l’industrie dans ces processus d’innovation et d’expérimentation numérique ouverts)biohacklabs (la version scientifique et bioinformatique des hacklabs)
Source de l'image d'en-tête : GoTronic